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L'ombre bienfaisante du Parc des Sources à Vichy...

Dernière mise à jour : il y a 1 jour



... est-elle menacée par le prochain réaménagement de ce parc ? Le 26 septembre 2022, le Conseil Municipal a voté un projet de grande envergure, qui va remplacer des centaines d'arbres matures par de plus jeunes pousses, et réduire le nombre total d'arbres afin, notamment, d'élargir l'allée centrale (1).


Sur 752 arbres existant, 506 seront abattus dans les cinq prochaines années.

Au final, le parc devrait ainsi perdre 129 arbres, soit 17% de sa parure arborée (2).


Page 30 du projet


Ce renouvellement à marche forcée interroge: 67% de la futaie majestueuse qui orne le parc va donc disparaître et avec elle, cette ombre et cette fraîcheur tellement salvatrices pendant les étés caniculaires. Il faudra attendre 30 ans pour les retrouver.


Le 17 novembre 2022, une pétition s'est émue de ce massacre programmé, et s'est également agacée du manque de transparence sur les abattages, officiellement mis sur le compte du mauvais état des arbres. Or, on voit bien, dans la page du projet reproduite ci-dessus, que les abattages sont liés avant tout au réaménagement des espaces du parc. Sur les cinq ans, il n'est prévu que 45 abattages éventuels pour des raisons sanitaires, c'est-à-dire au maximum neuf par an.


La pétition a recueilli 15 000 signatures en une semaine.

Une enquête publique sur le projet devrait débuter en décembre 2022.



"Les dégâts irrémédiables sur les arbres nous contraignent à renouveler le patrimoine arboré du Parc des Sources", indique le document de projet (p. 202). Mais d'aucuns se souviennent que le formidable orage de grêle qui a dévasté l'agglomération vichyssoise le 4 juin 2022, détruisant des dizaines de milliers de toits et de véhicules, n'a pas fait vaciller un seul arbre du parc.


Le parc des sources après le catastrophique orage de grêle

du 4 juin 2022 © Radio France - Dominique Manent


Le 26 juillet 2019, une tempête avait arraché 180 arbres et impacté 120 autres dans l'agglomération vichyssoise, mais parmi eux, aucun arbre du parc des sources, protégés du vent par le milieu urbain.


Ils résistent, ces beaux marronniers, ces beaux platanes. Depuis deux siècles, ils en ont vu d'autres. Pourra-t-on en dire autant des jeunes arbres qui vont être plantés à leur place, et qu'il faudra arroser pendant les étés secs, en dépit des restrictions d'arrosage? Sur la Boucle des Isles, plusieurs arbres nouvellement plantés n'ont pas résisté à ces restrictions et au nouveau climat chaud et sec des étés vichyssois.


On renonce ainsi à la sécurité d'un patrimoine arboré solide et protecteur, pour de nouvelles plantations qui n'offriront pendant longtemps qu'une ombre chétive, et encore, si elles arrivent à résister à la sècheresse.


Un non-sens paysager


D'après le document de projet, les deux grandes rangées de marronniers qui longent l'allée centrale vont être sacrifiées. C'est un véritable crève-coeur, qui laissera les promeneurs sans abri pendant au moins 30 ans, le temps que les nouvelles plantations poussent.

"Marroniers abattus". Document de projet, page 81


Et surtout, c'est un choix qui ignore totalement le sens de l'histoire.


En effet, au jardin des Tuileries à Paris, l'allée centrale était trop large. Les promeneurs fuyaient ces grands espaces vides, trop chauds l'été, trop pluvieux ou venteux l'hiver. L'être humain aime le couvert arboré. Entre 2020 et 2022, l'Etat a donc décidé de réduire cette allée, en plantant de part et d'autre deux nouvelles rangées d'arbre, soit 92 ormes (article): l'inverse de ce qui est fait ici !


Le jardin des Tuileries a planté des arbres pour garnir

son allée centrale, trop large.


Difficile de croire que l'architecte concepteur du projet vichyssois, Didier Repellin, ignorait cet historique, puisqu'il est intervenu dans le jardin des Tuileries entre 2010 et 2018, et doit donc suivre de près ses évolutions.


Le parc actuel est un "Hymne à l'arbre".


Le projet présenté va noyer la valeur intrinsèque, universelle, indépassable de l'arbre centenaire, sous des gadgets comme une fausse rivière, des lumières multicolores, et même un "mini-Jardiland" appelé "pépinière transitoire hors sol" - une appellation qui est tout un symbole ! (cf pp. 190 et 218).


Ce qui peut plaire le long des berges de l'Allier ne convient pas à un site historique comme celui-ci, marqué culturellement par le style Belle Epoque. Et même sur la rive gauche de l'Allier récemment aménagée par le même cabinet, les promeneurs disparaissent par temps chaud, gênés par le manque d'arbres.


Un non-sens écologique


On abandonne également un parc particulièrement "durable", car sobre d'un point de vue écologique: un sol inégal, certes, mais perméable, ce qui limite les inondations dûes au ruissellement pluvial, qui se multiplient dans l'agglomération de Vichy.


L'alternative envisagée pour notre sol un peu cabossé mais perméable, est la pierre et le béton (cf p. 47 du projet), et avec eux, le retour de la minéralité lisse, froide et omniprésente.


On n'a toujours pas retenu les leçons de la place de la Poste, ce désert urbain... et on n'a toujours pas intégré le changement climatique.


Une ambiance minérale et artificielle: document de projet, p. 140


Actuellement, les massifs fleuris peu abondants nécessitent peu d'eau, ce qui contraste, dans le nouveau projet, avec la débauche de fontaines et de plans d'eau, véritable gaspillage organisé - un spectacle qui va désemparer les jardiniers et maraîchers qui, en été, devront attendre le coucher du soleil pour arroser leurs plantes afin de réduire l'évaporation.



Croquis des "onze jets d'eau", p. 133


Les aménagements pharaoniques au Qatar ne sont que l'ultime et grimaçant aboutissement de ce genre de logique.


La Source de l'Hôpital sera comme noyée au milieu d'un bassin insolite, qui évoquera moins l'eau naturelle que cette bizarre alliance de l'eau et de la pierre qui évacue le végétal et qui semble, d'un point de vue pratique, particulièrement difficile à entretenir dans sa pureté iconographique (vase, insectes, feuilles mortes...) Sans parler du sol artificialisé, puisque le fond du bassin sera par définition imperméable.


Source de l'hôpital, p. 172


Vingt-six "mâts de grande hauteur"(cf p. 93) seront fin prêts pour l'installation inévitable de caméras de surveillance. Ils symboliseront la verticalité stérile et redoutable qui a présidé au ré-aménagement du parc des sources, dans le mépris des souhaits et du ressenti des habitants.


Hauts comme cinq hommes, ces mâts pourront servir de support à l'éclairage,

mais aussi à des caméras de surveillance (p. 88)


Quinze mille personnes pensent comme vous.


Signez et partagez la pétition.



Les premiers abattages ont commencé en octobre 2022 - Photo Claude Monnier


Note


(1) Le fichier pdf du document de projet a été compressé pour plus de facilité. Le fichier original est disponible ici.


(2) En phase 1, le solde des arbres replantés sera positif: +81.

En phase 2, il sera négatif, -124. Au final, 43 arbres manqueront à l'appel, à quoi il convient d'ajouter environ 45 arbres de plus pour des raisons phytosanitaires et 41 arbres le long des rues Wilson et du Parc (cf p. 30 du projet, ci-dessus). La perte nette est donc de 129 arbres, soit 17% du total.

Le Maire de Vichy a affirmé qu'un nouveau document de projet serait rendu public en décembre, avec un chiffre d'arbres abattus révisé à la baisse.

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