Menace de déforestation massive dans le bassin de Vichy
- 2 mai
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Dernière mise à jour : 27 juin

C'est l'arbre qui cache la forêt: alors que le public s'interroge sur la nature des activités projetées sur le site de Montpertuis, c'est en réalité une surface quatre fois plus importante qui est menacée de déforestation et de bétonisation, au profit d'une activité industrielle potentiellement polluante.
Les 400 ha qu'on n'avait pas vu venir
Alors que le périmètre du site de Montpertuis mesure 120 hectares environ (dont 80 hectares environ dédiés au nouveau projet) , le chiffre de 400 hectares a été cité dès les débuts, et notamment dans un document de Vichy Communauté du 20 septembre 2018, ou dans une déclaration du Maire de Bellerive, François Sennepin, le 8 septembre 2018, au Forum des associations.
Le 23 janvier 2018, dans une interview FR3-Facebook Live, le Président d'agglomération, Frédéric Aguilera, déclarait ceci:
"Globalement, l’ex-site industriel, plus le site protégé tout autour, c’est plus de 400 hectares, c’est l’équivalent de la ville de Vichy en surface, l’équivalent de la ville de Vichy ... On a décidé d’avoir une étude et une réflexion globales sur: c’est quoi ce territoire d’avenir ?, comment on veut développer, à l’horizon 30, 40, 50 ans ce site, qui n'est pas très loin des bords du lac, qui n’est pas très loin du Centre Omnisport …"
A supposer que les 400 hectares convoités coïncident peu ou prou avec le périmètre Seveso (cf carte ci-dessous), non-bâti et "protégé", il serait composé essentiellement d'espaces boisés, plus spécifiquement du bois de Charmeil.

Pourquoi un périmètre Seveso ? Dans les années 1930, période de l'implantation des usines de Manurhin, ce bois servait de tampon entre les espaces peuplés et les activités de fabrique d'armes et d'explosifs, activité dangereuse soumise au régime Seveso.
Mais on sait que le bois de Charmeil servait la population bien au-delà de cette fonction dans la géographie industrielle du site: depuis toujours il purifie l'air, protège en son sein de précieuses ressources naturelles, abrite des zones humides, sert de corridor écologique, absorbe le carbone et contribue à stabiliser le climat.
Autre indice que le bois de Charmeil est menacé: la Déclaration de Projet, votée en 2024, mentionne la suppression d'Espaces Boisés Classés en plus de ceux qui ont déjà été supprimés, sur le site de Montpertuis lui-même, par le Plan Local d'Urbanisme (PLU) de Bellerive voté en 2018.

Source ici
De plus, le mystérieux projet qui a fait l'objet d'une déclaration en 2024 concerne, non seulement Charmeil et Bellerive-sur-Allier, communes concernées par le site de Montpertuis, mais aussi Espinasse Vozelle, où se trouve la partie ouest du bois de Charmeil.
La photo aérienne qui suit offre un autre aperçu, photographique celui-là, des espaces forestiers qui seraient menacés par l'extension à 400 hectares du projet industriel. Les trois-quarts du "site de réflexion", cerclé de rouge, sont des forêts, le dernier quart, des parcelles agricoles. L'espace cerclé de jaune est le site de Montpertuis.

Le bois de Charmeil, une ressource unique
Il est difficile de s'imaginer qu'une telle quantité de forêts anciennes puisse être rayée de la carte d'un trait de plume, à l'heure de l'accélération du changement climatique en Europe et dans le monde. Surtout que le bois de Charmeil répond aux critères d'une "forêt ancienne", telle que cartographiée ci-dessous par l'IGN.

Véritable trésor national, le bois de Charmeil apparaît dans les cartes de Cassini, commandées par Louis XIV et Colbert.

Tous les espaces forestiers de Vichy Communauté n'ont pas cette qualité d'authentique forêt ancienne, comme le montre la carte ci-dessous, où les forêts plus récentes, à l'est de Vichy sont en vert clair.

Certes, le bois de Charmeil est dans la continuité d'autres massifs forestiers anciens comme les forêts de Montpensier, de Randan ou de la Boucharde, près de Brugheas, mais ces forêts sont, hélas, morcelées par des voies routières.
Ainsi, on peut dire que le bois de Charmeil est la plus grande forêt ancienne d'un seul tenant de l'agglomération vichyssoise. C'est pour cela qu'elle a été labellisée "coeur de nature" (Rapport de présentation, p. 250), un terme qu'on peut définir ainsi:
"Dans ces zones, la biodiversité est la plus riche, la mieux représentée et les conditions vitales à son maintien et son fonctionnement sont réunies: une espèce peut y exercer un maximum de son cycle de vie : alimentation, reproduction, repos…" (source).

Sa destruction serait l'un des plus importants désastres écologiques frappant le bassin de Vichy, aussi désolante qu'est la détérioration de la qualité de l'eau issue des sources emblématiques de Vichy (lire ici).
Des subventions détournées de leur objet ?
De plus, cette spoliation de nos ressources naturelles irait à l'encontre de la logique qui a justifié l'octroi de nombreuses subventions d'Etat au projet Montpertuis: l'idée de ré-utiliser un ancien site industriel afin de laisser intacts des espaces naturels jusqu'ici préservés, suivant le principe du Zéro Artificialisation Nette.
En toute logique, les crédits et aides de l'Etat au titre de la réhabilitation des friches industrielles ne devraient concerner que les parties réellement artificialisées, exclusivement sur l'ancien site de Montpertuis elle-même.
Or, les espaces artificialisés par la précédente occupation industrielle du site ne constituent que 40% maximum des surfaces totales (cf carte plus bas). Et ces 48 hectares de surface construite ou bétonnée ne représentent que 12% des 400 hectares visés par le projet.

Le narratif d'une friche industrielle ré-utilisée pour sauvegarder des espaces naturels est donc largement une supercherie. Les 48 hectares de terres artificialisées ne représentent que 12% d'un projet qui s'étendrait bien au-delà de la friche industrielle, sur d'authentiques espaces naturels ou agricoles, et sur des espaces boisés réellement irremplaçables.





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