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L'UNESCO, par-dessus la jambe?

Dernière mise à jour : 21 sept. 2023



En 2021, l’UNESCO a inscrit au Patrimoine Mondial de l’Humanité la ville de Vichy et dix autres villes thermales sous le label « Grandes villes d’eau d’Europe ». Certains pensent que le projet de rénovation drastique du parc des sources est incompatible avec ce label. La ville affirme, au contraire, que cette rénovation était non seulement voulue, mais exigée par l’UNESCO pour décerner ce fameux label.


Qui croire ?


Un document jusque là activement recherché va nous être utile pour trancher le débat. Il s’agit du plan de gestion du label « Grandes villes d’eau d’Europe », disponible en anglais ici (la traduction en français n’a pas été trouvée). Les pages citées dans cet article font référence à ce document.

Ce plan de gestion apporte un précieux éclairage sur les exigences de l’UNESCO, tout en démentant formellement certaines des affirmations des porteurs de projet.


Les affirmations de la Mairie à l’épreuve des documents officiels


Tout d'abord, le document apporte un éclairage sur la motivation du projet ou plutôt, sur ce qui n'est **pas** sa réelle motivation.


1 - Le parc des sources est en mauvais état et présente des "dégâts irrémédiables", avaient prétendu les porteurs de projet.

Or l’UNESCO affirme, au contraire, que « le patrimoine qui a été primé est en bon état général » (p. 26) et que "La ville thermale de Vichy est dans un bon état général de conservation" (p. 72).


2 - « Pour des raisons de sauvegarde du patrimoine, le parc doit retrouver l’état dans lequel il était avant la plantation des arbres actuels [c’est-à-dire avant 1928] ».

Or pour l’UNESCO, la période de référence, la période faste où les villes primées ont développé leur valeur patrimoniale exceptionnelle va jusqu’aux années 1930 (p. 27). La composition d'ensemble du parc était donc un objet historique à préserver; il fallait conserver les plantations dans leur état de 2020, année d’obtention du label, au lieu de supprimer quatre alignements d’arbre majeurs pour prétendument "restaurer" le parc dans un mythique état antérieur.


Et même si on avait voulu revenir à l'avant-1928, il n'y aurait rien eu à enlever. Les gravures anciennes montrent un parc doté d'une abondante végétation, composée d’arbres de très grande taille, comme dans cette illustration de 1874.


Source: Adolphe Joanne: "L'Allier, vingt gravures et une carte", 1874, p. 35


Rien à voir avec le "parc du 21° siècle" moins dense, moins vert et plus minéral, qui verra le jour suite à l'écocide qu'a subi le parc (cf la vidéo du projet ici).


3 - « La rénovation complète du parc des sources est une condition sine qua non de l’inscription de Vichy au Patrimoine Mondial de l’Humanité » (propos repris dans cet article ).


Or rien de cela n’existe dans le document, et plus particulièrement si on regarde la liste des travaux recommandés pour la ville de Vichy (p. 73-74). Là, au milieu des prescriptions pour plus de pistes cyclables, de rues piétonnes et de visites guidées, on trouve « la rénovation et la mise en valeur des bords du parc des sources ». Ce conseil se réfère aux coursives, les galeries-promenades en fer forgé ornées de motif de chardons qui bordent le parc, et qui donnaient des signes de fatigue.


Mais rien dans le plan de gestion de l’UNESCO pour Vichy n’évoque, de près ou de loin, une quelconque intervention sur les arbres, ou dans l’allée centrale (pourtant sauvagement déboisée le 4 septembre 2023), ou le remplacement des essences pour « changer le look » du parc.

Au contraire.


L’importance du patrimoine naturel


La question de la préservation et de l’authenticité des parcs et des jardins revient souvent dans ce plan de gestion :

« Les parcs et jardins, allées et autres paysages caractéristiques font partie intégrante du patrimoine, qui doit être protégé et restauré ». (p. 30-31) Il est notamment question des qualités "thérapeutiques" des parcs de ces grandes villes d'eau d'Europe.

« Les habitats naturels ne doivent pas être modifiés ou détruits ».(p. 43)


D'autre part,


« Les interventions sur les sites classés doivent être basées sur les meilleures pratiques et sur l’excellence en matière de protection, de conservation et de gestion aux normes les plus élevées » (p. 34).


Or, les "interventions" en cours dans le parc des sources sont contestées par tous les spécialistes : suite aux abattages massifs des 4 au 7 septembre 2023, la ville de Vichy a perdu le label que lui avait décerné l’association A.R.B.R.E.S. A la lecture du projet, deux associations agréées pour la protection de l'environnement, France Nature Environnement et le Groupe National de Surveillance des Arbres se sont vigoureusement opposées au projet, en lançant un total de quatre recours en Justice. Dans l'appareil d'Etat, le Conseil National de Protection de la Nature a rendu un avis défavorable au projet, et la Mission Régionale d'Autorité Environnementale a demandé, en substance: que va-t-il se passer entre le moment où les arbres seront abattus et celui où les remplaçants auront poussé à la même hauteur? Qu'est-ce qui va compenser la perte des services rendus ? (p. 12)


Il faut avant tout protéger et préserver le Patrimoine


Faut-il rappeler une évidence ? L’objectif de l'inscription au Patrimoine Mondial de l'Humanité est de sauvegarder l’authenticité et l’intégrité d'un site. Il en va de la crédibilité de ce label, qui ne doit pas devenir un énième label touristique galvaudé. (p. 36) On est bien loin d'une prétendue obligation de "refaire" un parc "pour les usages du vingt-et-unième siècle".


Pour cela, les Etats ont contracté une obligation légale auprès de l’UNESCO, obligation de conserver, de protéger, de promouvoir et de mettre en valeur ces sites protégés. (p. 11)

Les villes lauréates ont également la « très grande responsabilité de s’assurer que ces sites remarquables soient préservés pour toujours. » (p.7)


Or pour L’UNESCO, « les travaux de restauration de grande ampleur constituent une menace pour ce patrimoine. » (p. 43). Il faut, dit le rapport, « renoncer à mener des projets de développement sur ces sites, qui mettent en danger leur Valeur Universelle Exceptionnelle ». (p. 36)

Il faut informer et impliquer toutes les parties prenantes (et donc, bien sûr, les associations)


« Toutes les parties prenantes [y compris les associations] dans les villes concernées doivent être informées et impliquées au sein d'un comité de pilotage. » (p. 52)


« Il faut développer des outils de participation citoyenne, donner aux citoyens le pouvoir de dégager des lignes directrices et une vision de leur ville pour sauvegarder leur patrimoine et promouvoir le développement durable » (p. 24 de la charte « Recommandations sur le Paysage Urbain », 2011, référencée dans le document de gestion).


Or, nous savons maintenant que la date de début des abattages a été avancée afin, justement, de prendre de cours les associations qui avaient tenté un recours auprès du Tribunal Administratif. Car ces abattages ne figuraient pas dans le planning des travaux publiés dans la presse et sur le site de la Mairie pour la semaine du 4 septembre 2023.


De plus, le simple fait que le plan de gestion du label "Grandes villes d'eau d'Europe" ne soit pas traduit en français en dit long sur la volonté d'ouverture et de transparence des décideurs vichyssois, Vichy étant la seule ville française du groupe.


La gouvernance de la ville de Vichy est-elle suffisamment mâture et démocratique pour mériter le label UNESCO ?


En abattant 120 arbres sains, la ville n’a-telle pas fait le contraire de ce que l’UNESCO attendait d’elle?


Ne s’est-elle pas servi de cette lointaine institution pour imposer ses propres choix auprès des habitants ?




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