La méthanisation et le climat

Mis à jour : 25 déc 2019

Contrairement aux idées reçues, la méthanisation n'est pas une composante nécessaire et vertueuse de la Transition Energétique.

C'est plutôt le contraire.


Au début, la méthanisation était considérée comme une méthode environnementale pour traiter les déchets bien plus saine, par exemple, que de les brûler. L’Allemagne, toujours à la pointe en matière d’écologie, a construit près de 10 000 méthaniseurs sur son sol. Mais avec le recul, des problèmes sont apparus. Depuis 2014, le gouvernement allemand ne soutient plus la création de grands méthaniseurs qui utilisent des cultures dédiées comme le maïs.


Le méthane n’est pas une source d’énergie décarbonée.

L’épandage des boues est également considéré comme une faiblesse du système, car le digestat, ce liquide qui reste après la méthanisation, peut être chargé de bactéries toxiques ou de métaux lourds, en fonction de la provenance de la matière première. Dans ce cas, il ne faut pas l’épandre sur des terres agricoles. Quelle que soit la matière première utilisée, l’épandage lui-même est controversé : risque de pollution des nappes phréatiques, alcalinisation et stérilisation temporaire des sols... (lire ici)

Surtout, du point de vue du climat, il faut bien distinguer entre une ressource renouvelable et une ressource décarbonée.


Qu'est-ce qu'une ressource renouvelable ?


Une ressource renouvelable se renouvelle naturellement, contrairement aux énergies minières ou fossiles, pour lesquelles la Terre ne dispose que d’un stock limité. C’est une bonne chose d’avoir des ressources renouvelables, mais c’est surtout une affaire d’argent : en effet, les ressources énergétiques non-renouvelables deviennent de plus en plus plus chères. Au fur et à mesure que la ressource va s’épuiser et devenir plus rare (le pétrole, par exemple), son prix va monter, et les utilisateurs (particuliers, industries...) seront de plus en plus enclins à trouver d’autres solutions, moins chères.


Tout ceci n’a rien à voir avec le climat.


Qu'est-ce qu'une ressource décarbonée ?

Pour faire face à l’urgence climatique, il faut des énergies décarbonées, c’est-à-dire qui ne rejettent pas de molécules de carbone dans l’atmosphère.

Le méthane n’est pas une source d’énergie décarbonée.


Il est même 28 fois plus destructeur du climat que le gaz carbonique, CO2, que nous rejetons dans nos voitures à essence ou à diesel. L’agriculture, qui rejette du méthane à cause des pets de vache et des fumiers, est même l’activité humaine qui impacte le plus le climat, plus encore que l’industrie ou le transport.


Mais diriez-vous: au final, les méthaniseurs ne rejettent pas leur méthane dans l’atmosphère, comme le font les vaches ? Non, encore que l'étanchéité ne soit pas garantie (voir plus loin).

En fin de course, ce méthane est brûlé pour faire de la chaleur, ou pour faire tourner des bus ou des camions à biogaz (GNV).


Au final, le méthane issu de la méthanisation, CH4, est utilisé exactement comme le méthane issu de la pétrochimie, CH4, alias gaz naturel, ou gaz de ville. L’étiquette ne change rien au fait qu’il s’agit de CH4 qui, en brûlant, rejette beaucoup de CO2.


Biogaz, gaz naturel, GNV, gaz de ville, peu importe l'étiquette


En effet, que le gaz soit d’origine fossile (prélevé dans des gisements souterrains) ou d’origine biologique (par la méthanisation), il reste un hydrocarbure qui rejette, en brûlant, du CO2 nuisible pour le climat. Ainsi, une étude a montré que le bilan carbone des camions à biogaz était équivalent au bilan carbone des bus ou camions au diesel.


De ce point de vue, les méthaniseurs sont un peu comme des forages pétroliers, avec cet avantage qu’ils partent d’une matière première renouvelable, et qu’ils nous débarrassent de certains de nos déchets - mais après, il faut savoir que faire du digestat.


Mais pour le climat, ce n'est pas une solution.


A cela, il faut aussi rajouter d’autres problèmes, comme le manque d’étanchéité dans la chaîne de production et d’acheminement du méthane, qui occasionne des largages dans l’atmosphère, évoqués ici par exemple. Si les riverains se plaignent aussi souvent des odeurs, c’est bien que les circuits ne sont pas étanches.


L’épandage du digestat est également problématique pour le climat. En effet, si celui-ci n’est pas enfoui dans le sol (et il ne l’est quasiment jamais), il peut contribuer à l’émission de protoxyde d’azote, un gaz à effet de serre 300 fois plus polluant que le CO2.


Ce qui suit est un extrait d'un article de Reporterre:


Émission de gaz à très grand effet de serre 


"Le physicien explique que la méthanisation est réputée vertueuse pour sa faible émission de gaz à effet de serre, « mais c’est faux ». « Déjà, lorsque les bâches qui couvrent les digesteurs se détériorent, vous avez une fuite de méthane. » L’Irstea nuance et explique que les risques de fuite se situent plutôt au niveau des soupapes de sécurité et des canalisations. L’enjeu est de taille car le méthane a un potentiel de réchauffement 28 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone (CO2). Une étude de l’Irstea est en cours pour détecter et évaluer ces fuites. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) estime que le taux de fuite potentiel se situe entre 0 et 10 %, mais la faiblesse des données disponibles rend pour le moment l’évaluation délicate.


Mais ce qui préoccupe le plus Daniel Chateigner, c’est le protoxyde d’azote. « Le digestat est très volatil, l’ammoniac se disperse très facilement dans l’air. A son contact, il s’oxyde et va développer du protoxyde d’azote, un gaz à effet de serre 300 fois plus puissant que le CO2. » ...


Pour éviter ces problèmes dus à la volatilité du digestat, certaines mesures sont déjà en vigueur. « Nous recommandons de couvrir les fosses de stockage de digestat, explique Hervé Gorius, conseiller technique la chambre d’agriculture de Bretagne, et d’utiliser des pendillards pour épandre le digestat sur les terres au ras du sol, et éviter ainsi une dispersion. » Des mesures que les chercheurs du CSNM jugent insuffisantes."



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